Un petit texte brut de décoffrage de Patrice Motte Patrice.Motte@ensieta.fr
sur les techniques d'augmentation de la sensibilité d'une pellicule
noir et blanc
Comme convenu il y a quelques jours, j'ai préparé un petit laïus qui
permettra peut-être d'ajouter quelques lignes a la FAQ. Que les
spécialistes pardonnent mon interprétation parfois un peu caricaturale
de la sensitométrie. Ceux que la technique ne passionne pas pourront se
reporter directement aux rubriques "EN PRATIQUE".
J'attends vos compléments d'informations, expériences et critiques :
Comment augmenter la sensibilité d'un film noir et blanc ?
Il existe plusieurs façons d'augmenter la sensibilité d'une émulsion
photographique. Le gain de sensibilité que l'on peut obtenir est de
l'ordre de 1 à 3 IL. En général, une baisse de la qualité globale de
l'image accompagne l'augmentation de rapidité. Les altérations les plus
visibles se situent au niveau de la granulation, du contraste et du
rendu des hautes lumières. Mais ces effets peuvent être recherchés à des
fins esthétiques. Sauf pour des effets spéciaux, il sera toujours
préférable d'utiliser en priorité les émulsions les plus sensibles
disponibles sur le marché, avant d'essayer de "pousser" un film. Dans le
même esprit, on évitera si possible de pousser des films de sensibilité
nominale faible.
1. exploitation de la latitude de pose en faible contraste
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EN THEORIE :
La sensibilité ISO d'une émulsion est déterminée en analysant le pied et
le début de la partie rectiligne de la courbe de noircissement, pour un
écart de luminance correspondant à 5 diaphragmes. Cela signifie que
l'exposition correcte dans ces conditions est telle que la borne
inférieure de l'intervalle de lumination touche le pied de la courbe. Si
dans les conditions réelles de prise de vue le contraste est plus réduit
(écart de 4 diaphragmes, ou moins), il n'y a pas d'inconvénient à
déplacer l'exposition vers le pied de la courbe. En d'autres termes, la
latitude d'exposition en sous-exposition augmente lorsque le contraste
diminue. La densité du négatif sous-exposé est assez faible. Celui-ci
risque à la limite de ressembler une "pelure d'oignon". Il conviendra
donc de tirer sur un papier de grade dur pour compenser.
(Il est intéressant de considérer qu' l'inverse, lorsque le contraste de
lumination augmente, il est nécessaire de décaler l'exposition vers
l'épaule de la courbe de noircissement, donc de surexposer, sinon les
ombres ne sont pas enregistrées correctement. La tolérance pratique en
surexposition est d'environ trois diaphragmes, mais la sensibilité du
film se trouve divisée par 2, 4 ou 8 quand l'écart de luminance atteint
6, 7 ou 8 diaphragmes !)
EN PRATIQUE :
Lorsque l'écart de contraste des zones intéressantes de l'image n'est
que 3 4 diaphragmes, on peut considérer que la sensibilité pratique du film a doublé.
(Gain de un IL). Le film sera traité de la façon habituelle, pour sa sensibilité
nominale et les tirages seront faits sur du papier de grade dur.
2. traitement poussé
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EN THEORIE :
Lorsque les conditions d'éclairement et de contraste ne permettent plus
de compter sur la latitude de pose, le photographe se trouve contraint
de sous-exposer son film et de corriger ensuite le manque de lumination
par un traitement poussé.
Le traitement poussé consiste à augmenter le temps de développement et/ou
d'utiliser un révélateur dont l'action dans les zones d'ombres est plus
rapide que dans les lumières. L'augmentation du temps de développement
va permettre de faire apparaître des détails dans les ombres mais les
lumières vont aussi acquérir une densité plus importante. La conséquence
est une augmentation sensible du contraste. Une autre conséquence de
l'augmentation de la durée de développement est un accroissement de la
granulation. Pour éviter d'atteindre un contraste trop important qu'il
ne sera plus possible de maîtriser au tirage, on utilise de préférence un
révélateur d'action superficielle. Un tel révélateur, dont le Microphen
Ilford est un bon exemple, a la particularité de développer assez
rapidement les ombres. On obtient ainsi une bonne exploitation de la
sensibilité du film dans le pied de la courbe de noircissement. Une
autre caractéristique des révélateurs superficiel est de donner une
augmentation modérée du grain.
EN PRATIQUE :
Lorsque les conditions d'éclairement sont insuffisantes pour les films
dont on dispose, sous-exposer de 1 à 3IL. Traiter ensuite le film dans
un révélateur superficiel, en appliquant les augmentations de durées
préconisées sur la notice du révélateur. Les négatifs obtenus seront
tirés sur du papier de grade doux pour pallier l'augmentation de
contraste.
3. hypersensibilisation par prélumination
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EN THEORIE :
Il s'agit là d'un procédé qui modifie effectivement la sensibilité utile
du film d'environ 1 IL.
Une émulsion photographique est constituée principalement de bromure
d'argent dopé par des molécules d'iodure d'argent. L'action des photons
transforme certaines molécules d'iodure d'argent en atomes d'argent pur,
à partir desquels va s'exercer l'action réductrice du révélateur. Ce
sont ces particules d'argent pur qui constituent ce que l'on appelle des
"germes de développement". Lorsqu'on examine la courbe caractéristique
d'un film, on constate qu'un minimum de lumination doit être fourni
avant qu'un noircissement perceptible ne se manifeste. Cela traduit le
fait qu'une quantité d'énergie lumineuse minimale doit atteindre le film
pour former des germes d'argent développables. Ces germes de
développement constituent ce que l'on appelle "l'image latente". Pour
être développables, les germes doivent comporter au moins de 10 à20
atomes d'argent.
Le principe de l'hypersensibilisation est de créer par lumination
préalable (ou par un procédé chimique) des embryons de germes d'argent
(de quelques atomes seulement) uniformément répartis dans l'émulsion.
Lors de la prise de vue, seules les particules qui recevront quelques
photons supplémentaires deviendront développables.
On parvient ainsi à augmenter effectivement la sensibilité du film
d'environ un iL. Si la prélumination est bien dosée, il n'y a pas
formation d'un voile. La quantité de prélumination à appliquer
correspond à peu près au centième de la durée de pose en
prise de vue. La lumination préalable modifie la courbe caractéristique
en "tirant" le pied vers la gauche.
Etant donné que la densité maximale ne peut pas être modifiée,
la pente de la partie rectiligne devient moindre. Cela traduit une
diminution du contraste du négatif.
La variation n'est pas suffisamment forte pour poser des problèmes
au tirage.
Le principal inconvénient du procédé est que les particules d'argent pur
créées par la lumination préalable sont très instables. Cela impose de
préparer l'émulsion peu de temps avant la prise de vue (quelques heures,
ou dizaine d'heures !). L'opération de lumination préalable peut
paraître aussi particulièrement fastidieuse.
EN PRATIQUE :
La première méthode consiste à dérouler le film dans le noir complet et
à donner une pose en plaçant à 3 ou 4 mètres du film, un flash recouvert
de plusieurs couches de papier calque, éclairant par réflexion. Utiliser
le plafond blanc s'il est assez haut (film à plat) ou un écran de
projection (film vertical) comme réflecteur. Il faut procéder à de
patients essais pour déterminer la pose idéale (tout dépend de la
puissance du flash, du film, du local...). Puis enrouler de nouveau le
film dans sa cartouche et exposer dans les plus brefs délais. Le film
peut être développé dans les conditions habituelles. On peut aussi
pousser le film. Ainsi on peut encore gagner raisonnablement 1 IL
supplémentaire avec des résultats honorables. C'est efficace mais
particulièrement contraignant.
La deuxième méthode, consiste à hypersensibiliser seulement une vue sur
un film par ailleurs exposé et traité normalement. Cette méthode est de loin
la plus intéressante. Il suffit de réaliser deux poses en surimpression
sur la même vue. Cela suppose que l'on utilise un boîtier permettant
d'armer l'obturateur sans avancer le film (multiexposition). La première
pose est faite en déréglant totalement la mise au point et en visant une
surface uniforme et lumineuse (un ciel uni par la fenêtre, par exemple).
L'exposition sera un centième plus faible que ce qu'indique le posemètre
sur le sujet l'intérieur (soit un écart de 7 IL). Pour la deuxième pose,
il suffit de réarmer l'obturateur et de photographier normalement le
sujet en le sous-exposant d'1 IL.
4. latensification par postlumination, latensification chimique.
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EN THEORIE :
La latensification (ou intensification de l'image latente) consiste à
augmenter le nombre de germes développables en soumettant l'émulsion à
un traitement physique ou chimique qui va transformer certaines
molécules d'iodure d'argent en argent pur. En dosant correctement le
traitement, seules les particules d'argent qui ont déjà reçu une
lumination lors de la prise de vue vont passer le seuil à partir duquel
elles deviennent développables. Le gain de sensibilité est d'environ 1
IL.
EN PRATIQUE :
Lors de la prise de vue, sous-exposer d'1 IL (régler le posemètre sur
une sensibilité ISO double). Avant développement, intensifier l'image
latente par l'un des traitements suivants :
- exposer le film déroulé et suspendu à l'action d'une lampe de
laboratoire vert très foncé (7,5W, filtre Kodak n°3, ou bien filtre
ILFORD Safelight n°908 GB) placée à environ deux mètres. La durée de la
pose nécessaire est d'environ 30 secondes.
ou bien
- immerger le film, sur sa spirale, dans la solution oxydante suivante,
pendant 5 minutes à 20C :
metabisulfite de potassium 5g
sulfite de sodium anhydre 5g
eau 1litre
(Ce bain se conserve et peut être utilisé plusieurs fois.)
Rincer le film l'eau claire (20C) pendant quelques minutes.
Développer ensuite normalement le film. (Un traitement pousse d'1 IL est
aussi possible)
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Ouf, voila!
En ce qui me concerne, mes méthodes préférées sont
l'hypersensibilisation par double exposition d'une seule vue (ça,
ponctuellement, c'est extrêmement pratique) , et l'exploitation de la
latitude de pose en sous-exposition. Les prises de vue que je réalise
habituellement nécessite plutôt des films fins de sensibilité faible à
moyenne. Je cherche donc rarement à gagner plus d'1 IL. Les autres
méthodes exposées donnent de bons résultats mais sont vraiment très
contraignantes dans la pratique. Pour les prises de vue dans des
conditions vraiment extrêmes, les procédés exposés ci-dessus appliqués
sur des émulsions du genre KODAK ROYAL-X ou T-MAX 3200 doivent donner
des résultats intéressants. Mais ça, je ne l'ai jamais essayé. Si
quelqu'un veut expérimenter, j'aimerais bien avoir des informations sur les
résultats...
Cordialement,
Patrice